Dimanche 12 décembre 2010 Carnet de Voyage
Dans la rubrique, les prix que je n'ai pas gagnés, il y a eu cette participation à un concours de Carnets de Voyages.
N'ayant pu me déplacer cet été, j'avais choisi de voyager dans mes albums photos, d'en choisir quelques unes, et d'écrire des haïbuns.
J'en laisse quelques uns ici......
Gilles et Marie
Je lisais les textes de Frédérique sur la place du village, près des stands de livres. Il faisait beau, les platanes nous gardaient du soleil.
C’est toi, Marie qui m’a reconnue, tu es venue vers moi. Je te découvrais, petite, fragile. Tu m’as présenté Gilles, ton compagnon.
Depuis quelques mois, nous postions sur le même forum littéraire, proches par les enthousiasmes et les exaspérations.
Vous m’avez raconté votre départ de France, la lettre de démission à L’Éducation Nationale, les années en Inde, la librairie française que vous avez créée à Pondichéry.
Une autre vie, un autre rythme, une autre culture.
On ne peut jamais s’isoler en Inde, il y a toujours tellement de monde.
Gilles a parlé de la longère que vous avez achetée en Bretagne, du temps qu’il faut pour reconstruire les murs. Ses mains sont carrées, écorchées. Il raconte les meubles fabriqués avec le bois des vieux bateaux.
Il y a en vous deux une douceur, une sérénité apaisantes.
Nous avons déjeuné sous les arbres. Comme vous êtes restés végétariens, du tajine, on ne vous a servi que quelques olives nageant dans un jus clair.
J’ai commenté amusée : « C’est frugal ! » Éclats de rire partagés.
Nous avons bavardé passionnément de livres, d’écritures.
A la fin de l’après midi, Marie a obtenu un premier prix pour sa nouvelle pleine de délicatesse et d’humanité.
Vous êtes repartis pour la Bretagne.
Nous nous recroiserons, une affirmation qui sonnait comme une prière, une incantation.
Il y a des rencontres qui mettent de la lumière dans la vie.
Des livres partout
Pour nous, allumée
La lampe de l’amitié
Un autre, après une visite aux Frigos, un atelier d'artiste....
L’atelier de Réti
Il parle de son atelier. Au mur, sur les tables, des sculptures beiges, noires, grises. Dans l’une d’elles, de la limaille de fer qui tourne grâce à un aimant caché. Des arbres à l’horizontale, un monde à l’envers. Ca bouge et ça reste toujours pareil.
Un fauteuil de pierre
Regarde inlassablement
Tourner une fleur de fer
Les cheveux de l’homme sont gris aussi, sa voix déterminée. Il dit qu’il est là depuis vingt-cinq ans, qu’il a loué son atelier à la SNCF grâce à une petite annonce, qu’il ne veut pas de leur projet aseptisé. Il veut garder la diversité des origines, la mixité verticale.
Tout autour des Frigos, des constructions neuves s’élèvent, verre et acier. Entre les immeubles, ces anciens entrepôts frigorifiques de la gare de Bercy où cohabitent des artistes et de petites sociétés.
Un ilot de verdure et de vétusté. Sur la façade, dans les escaliers, des graphes qui s’entremêlent, une tour de Babel de langues urbaines. Au rez de chaussée, une locomotive polonaise sert d’écran à des images qui défilent. Des portes épaisses comme des coffres forts qui s’ouvrent sur des ateliers d’artistes.
Un peu de fouillis et d’imagination dans toute cette verticalité.
Une promenade sur les plages de Normandie, souvenirs......
Asnelles, promenade avec Gilbert
La plage n’était plus la même, la tempête avait creusé le sable sur plusieurs mètres, faisant ressurgir les vestiges des combats de la dernière guerre.
Des tiges de fer rouillées, des morceaux de béton, tout ce qui avait été peu à peu recouvert au fil des années, strates de l’oubli.
Brutalement, cette plage où j’aime me promener est redevenue un lieu de destruction.
Le sable va remonter peu à peu, me dit-il, l’oubli aussi.
Pourquoi les pontons ne sont-ils pas entretenus ?
Il faut construire l’Europe, effacer le passé.
Effacer la haine, oui. Mais ne pas se souvenir comment on en est arrivé là ? Oublier pourquoi ces hommes sont morts ?
Dans ma tête défilent des images d’archives. Ces jeunes, venus du bout du monde, entassés dans des barges, les yeux figés de terreur. Ils savent qu’ils ont peu de chance de voir le soleil se lever demain.
Je veux me rappeler l’avidité des spéculateurs, la peur du chômage, la vie qui s’écroule, la montée de la haine de l’autre.
La mer a de nouveau tout enseveli. Quand je marche sur cette plage, je sais que la ferraille est là, quelques mètres sous mes pieds.
Un jour, à Colleville, j’ai croisé un vieil homme, bouleversé, qui rapportait un peu de sable au creux de son coupe vent. Qui était resté sur cette plage, son père, son oncle, ses amis ?
Se souvenir pour ne pas revivre. Qui s’en soucie aujourd’hui ? Les marchés qui s’emballent, les traders, l’appât du gain, ils sont toujours là. Nous sommes sans mémoire.
La mer brise son écume sur le sable. Bruit du ressac qui apaise et efface.
Je saute par dessus les flaques qui s’étalent. Il fait beau, les mouettes crient dans le ciel, puis se posent sur la mer. Elles dansent avec les flots, se soulevant au rythme des vagues.
Sous mes pas, sur la plage
Obstinément, le sable
A tout recouvert
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