Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /Juin /2010 07:08

Jeudi 24 juin 2010           

 

Promenade en écriture, Haïbun : Le temps des cerises

 

Un nouveau Haïbun écrit pour un jeu d'écriture du Forum Maux d'Auteurs.  

Il fallait replacer quelque part dans le texte "Les cerisiers n'allaient pas tarder à refleurir.

 

                                   Le temps des cerises


Symptômes étranges. Inquiète, je surfe frénétiquement sur les sites médicaux. Il y a trois possibilités : une banale, une sérieuse et l’Autre, celle qui fait peur. De plus, j’apprends que j’ai toutes les circonstances aggravantes pour que ce soit celle là. Moi qui suis étourdie, cette fois, je n’ai rien laissé échapper.


Dans son cabinet, le médecin me demande la date de mon dernier examen, celui que les femmes sérieuses font tous les ans. Je calcule, réfléchis….huit ans ?

Elle ne commente pas, on ne commente pas l’inconscience.

 

Je repars avec une batterie d’examens. Le premier résultat tombe, l’hypothèse bénigne disparaît.


Par où commencer ? Mon testament ? Pas vraiment utile. Régler les factures, répondre à tout ce que j’ai laissé en attente ? Tout est à jour.


Acheter des pyjamas ! Dans le magasin, je décroche à tout va et je repars avec une brassée vers les caisses.

Lavés, repassés, les douze pyjamas s’empilent sur le côté gauche de l’armoire.

 

Tous les soirs, en rentrant,  je jette un coup d’œil au répondeur. Le médecin appellera si c’est l’Autre. Une semaine, dix jours, quinze jours. S’il y  avait un problème, elle aurait déjà appelé. Mais il y a beaucoup de jours fériés ce mois-ci.

 

Le mercredi, une enveloppe inconnue dans ma boîte aux lettres. Un résultat de concours de nouvelles ? 

Je l’ouvre, sur l’en tête : laboratoire. Mes yeux volent vers la conclusion : absence de cellules malignes.


Le voile de grisaille qui enveloppe le monde depuis trois semaines s’efface d’un coup. La vie reprend ses couleurs. Dans ma tête,  les cerisiers n’allaient pas tarder à refleurir.

 

Finalement, pour le Goncourt, ce n’est peut être pas encore fichu.


Il pleut depuis ce matin, quelle belle journée.


                                La vie continue

                        Douze pyjamas dans l’armoire

                               Dans mes yeux, la pluie


 

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Par Anne Chabanelle - Publié dans : ma (modeste) vie d'auteur
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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 10:55

Samedi 19 juin 2010                          Promenade en écriture

 

Une enveloppe hier dans la boîte aux lettres:

les résultats des Appaméennes du livre. Mon texte a été classé 7° sur 121.......trop loin pour être primé.

Comme je ne pense pas le réutiliser, je le publie ici.


Il fallait débuter le texte par les mots "Drôle d'héritage..."

 

 

 « Drôle d’héritage », pensait Benjamin en montant dans la voiture de Geneviève. Déjà, ce matin tout avait commencé de travers. Il se rappelait quand il était arrivé après tout le monde au cimetière, il montait la côte en petites foulées, le plan à la main.


Il avait raté l’église et s’il ne trouvait pas rapidement la division, il allait arriver après l’enterrement. Ça n’allait pas arranger sa réputation dans la famille, on allait encore dire qu’il ne faisait rien comme tout le monde.


Il avait toujours eu le sentiment d’être différent, l’œuf de coucou, celui qui déparait le lot des surdiplômés et surdoués en tous genres. Il se demandait même, si sa mère…. Non, il préférait ne pas savoir. Il s’appelait Lafitte comme tous les autres. Il ne fallait pas chercher plus loin. Chaque lignée a ses tares.


Il grimpa la côte  rapidement et aperçut le corbillard au bout de l’allée. Toute la famille était là, au grand complet. Il ne manquait pas une décoration, ni une jupe plissée, ni une paire de mocassins bien cirée, ni un petit cousin.

 Enfin si, il en manquait un, lui.

Il se glissa derrière Joël, le marin, qui lui murmura finement :

« Je suis sûr que tu arriveras en retard à ton propre enterrement. »

Il évita de regarder du côté de Tante Arlette, il savait déjà quels regards furieux elle lui lançait. Pas de sa faute,  aussi. Enfin si, un peu. Il avait oublié sur la table de l’entrée la lettre d’Arlette, et il s’était trompé d’église. Heureusement, il se rappelait que l’enterrement était au Père-Lachaise.

La cérémonie continuait.


 Pauvre grand-père, dur de finir Alzheimer quand on a été un ethnologue reconnu, qu’on a bourlingué sur toutes les mers et terminé sa carrière comme professeur au Collège de France. Il avait évité de peu la maison de retraite, la famille se relayant auprès de lui, dans son appartement parisien.

Benjamin passait le voir dès qu’il le pouvait. Certains jours, Papy André avait toute  sa lucidité, il faisait alors des imitations de Tante Arlette à se rouler par terre de rire.

« Parfois, confiait-il,  je fais semblant de perdre la mémoire et je lui chante toutes les chansons paillardes de mon répertoire. Mais, continuait-il d’un air triste, parfois je la perds pour de bon. »

 Son regard partait alors dans le lointain et il soupirait un peu.

Surdose accidentelle de médicaments. C’était la cause officielle du décès.

Benjamin savait que ce n’était pas vrai.  Ni Tante Arlette,  ni les infirmières n’auraient laissé traîner les médicaments. Il avait dû les économiser peu à peu, les cacher dans un coin, et profiter d’un moment de clairvoyance pour les avaler tous d’un coup.

Les moments d’égarement étaient encore assez espacés, mais on savait tous comment ça se terminerait.

Surdose accidentelle de médicaments, ça permettait d’organiser un enterrement religieux, sans qu’il plane un doute. Le médecin de famille était un copain de l’Oncle Georges.

 Petits arrangements entre amis.


La famille défila pour laisser tomber une rose sur le cercueil. Le  cousin Alain eut le temps de siffler entre ses dents :

« Tu  aurais pu mettre autre chose que des baskets, on se demande où tu as été élevé. »

 Dans des pensionnats. Maman décédée quand j’avais onze ans, et longtemps malade avant,  un père militaire, souvent en déplacement. Fallait bien caser le petit.


Heureusement, il y avait les vacances en Normandie chez Papy André et grand-mère Mary, les cousins, les parties de pêche, le char à voile, les balades en vélo. Ça, c’était le bonheur.

Quand il repartait au pensionnat, il avait les poches lestées de sablés et de caramels, et dans la tête, tous les souvenirs des chasses aux trésors de Papy André.


Son grand père pensait qu’on apprenait mieux dans l’action. Il organisait pour ses petits enfants des chasses au  trésor géantes qui duraient des semaines et leur faisaient parcourir toute la région à vélo. Après, il ne leur restait plus qu’à se casser la tête sur des rébus, des calculs compliqués, des devinettes qui les obligeaient à lire des romans qu’ils n’auraient jamais ouverts sans cela. Il se rappelait encore du trésor des vacances, juste avant qu’il rentre en sixième. Un disc man pour chacun de ses petits-enfants et des CD de jazz. Il avait découvert cette musique et adoré. Encore une passion qu’ils partageaient, grand père et lui, avec les grandes promenades sur la plage avant le petit déjeuner. Ils partaient tous les deux chercher le pain à Arromanches. Papy André racontait ses voyages dans le bruit du ressac et le petit garçon l’écoutait, subjugué.


Benjamin avait encore les yeux dans les vagues quand sa cousine Geneviève vint lui prendre le bras :

« Alors Benjy, toujours dans les nuages ? Allez, viens, on rentre. Qu’est-ce que tu fais, toi en ce moment, tu es toujours dans ton école d’éducateur ?

- Je termine à la fin de l’année. Je fais un stage dans un squat avec Médecins du monde.

« Tu es content de ta vie Benjy, tu vas bien ?  lui demanda Geneviève affectueusement.

 - Ca va, répondit évasivement Benjamin. »

Geneviève était la plus sympa de ses cousines, mais il n’avait pas trop envie de parler de lui.

« Il y a longtemps qu’on ne t’a  pas vu. Les enfants te réclament, viens déjeuner dimanche prochain. »

Benjamin promit.


Tante Arlette s’avança vers lui.

« J’ai réservé pour tout le monde dans un restaurant. Ensuite Maître Legrand viendra nous lire le testament à la maison, on t’emmène Benjamin. »

Benjamin monta dans la grosse voiture noire. Tout le monde était gentil avec lui dans la famille, mais il se sentait toujours si différent, pas à sa place.


Il n’avait pas envie d’entendre parler de partage, d’argent. Il voulait juste rester avec les souvenirs des bons moments passés avec son grand-père.

Quand le notaire arriva, la famille l’attendait en prenant le café dans le salon.

Benjamin savait qu’il n’avait pas à craindre d’esclandre ou de disputes. Ils étaient tous trop bien  élevés.

Sans surprise, l’appartement parisien revenait à Tante Arlette, la maison normande à l’oncle Georges et le père de Benjamin héritait de fonds placés. Le notaire énuméra les différents legs aux petits-enfants. Papy André avait fait preuve de sa générosité habituelle.

Puis, le notaire s’arrêta et regarda tout le monde de un air gêné.


« Il y a cependant une clause particulière dans le testament de monsieur Lafitte. C’est une clause qui existe depuis longtemps, il l’a écrite bien avant le début de sa maladie, elle n’est donc pas contestable. »


 Le notaire se tortillait de plus en plus, on sentait bien qu’il n’était pas à l’aise.

« De plus, cette clause est suspensive. Cela signifie que si elle n’est pas réalisée, tous les biens de monsieur Lafitte reviendront à une fondation. »

Benjamin commençait à trouver la situation amusante. Sacré grand-père, c’était bien de lui ça. Qu’est-ce qu’il avait encore inventé ?

Le notaire se tourna vers lui.


« Monsieur Benjamin Lafitte, votre grand-père souhaitait que vous ayez la garde d’Albert le Sixième. Il a bien précisé que vous deviez vous en charger personnellement, ne pas le confier à un chenil ou à une tierce personne. »

La garde d’Albert le Sixième ! C’était n’importe quoi !

Les chiens de grand-père s’appelaient tous Albert. Celui-là était Albert le Sixième.

 

« Mais, bredouilla Benjamin, j’habite un tout petit studio, et je travaille et…… »

Tous les yeux de la famille étaient braqués sur lui.

« Clause suspensive, » avait dit le notaire.

Plus personne ne souriait. Si Benjamin ne voulait pas d’Albert le Sixième, plus d’appartement dans le huitième arrondissement, plus de villa au bord de la mer, plus de pactole pour les petits enfants.

Il était coincé.

« Bon, capitula-t-il. Je prends Albert. »

Un imperceptible soupir de soulagement détendit l’atmosphère du salon.

« Je peux donc commencer les démarches dès lundi, dit le notaire. »

Mais qu’est ce qui lui était passé par la tête au grand-père. Il aurait pu laisser Albert le Sixième à l’oncle Georges qui était retraité et qui avait déjà deux chiens.

Benjy, accablé, se leva pour prendre congé. Il alla chercher Albert le Sixième dans le bureau,  le notaire le suivit.


« Monsieur  Laffitte, s’il vous plaît. »

Benjamin le regarda sans aménité.

« Dans son testament, votre grand-père a bien insisté sur le fait qu’il ne fallait pas modifier les habitudes d’Albert. Vous devez également emporter son panier, sa laisse, son collier et sa boîte de croquettes diététiques. Surtout ne lui changez pas son régime, c’était très précisément indiqué dans la clause suspensive »

Eh bien, ça allait être pratique tout ça, dans le métro.


« On te  raccompagne, lui dit Geneviève. Bizarre, cette idée de grand-père de te donner le chien.

- Plutôt ! râla Benjamin, à se demander si Alzheimer ne le tenait pas depuis longtemps.

Geneviève le regarda, souriante :

« - Je crois qu’il t’a confié Albert le Sixième parce que tu étais son petit-fils préféré. » Benjamin la regarda, surpris.

« Tu ne t’en es  jamais rendu compte, toujours dans les nuages mon pauvre Benjy ! Mais tu étais le seul qui lui ressemblait vraiment. Nous, on a été formatés pour réussir nos carrières. Toi, tu es le rêveur, le tendre, celui qui veut changer la société.

Tu savais qu’avant de terminer ses études, Grand Père s’était engagé dans la marine marchande?

- Vaguement, dit Benjamin. Il me racontait surtout ses voyages d’études, pas trop sa jeunesse. »


Benjamin embrassa tout le monde, promit qu’il n’oublierait pas de venir dimanche et

monta les escaliers vers son studio, songeur.

 Le petit-fils préféré, il ne s’en était jamais rendu compte. C’est peut être pour cela qu’il se sentait tout le temps différent. La famille lui apparaissait sous un jour nouveau. Un grand père baroudeur, et pas seulement un intellectuel reconnu,  lui qui s’était toujours vu  comme le raté, le pas conforme devenait l’élu. Ca bousculait tous ses repères.


 Albert le Sixième semblait plutôt content d’être avec lui.

« Tu vas déchanter mon vieux, quand tu vas passer de tes deux cents mètres carrés avec terrasse, à mes vingt trois mètres carrés au sixième sans ascenseur. Allez viens,  on va aller faire connaissance avec le quartier. »


Benjamin reprit la laisse en cuir pour l’attacher au collier.

Tiens, grand-père avait gravé un symbole aztèque sur le collier. C’était  le dessin qu’il laissait toujours sur la dernière boîte de la chasse au trésor.


Intrigué et pris d’un doute, Benjamin détacha le  collier du chien. À l’intérieur il repéra facilement la fente. Derrière le symbole on sentait quelque chose de dur. Il farfouilla à la cuisine pour retrouver son couteau suisse et réussit à extraire une petite pochette avec une clé et un message.


Dans la lettre, grand-père avait écrit

« A toi,  Benjy, chasseur de rêves, pourfendeur de méchants, soigneur d’éclopés, mon trésor secret accumulé pendant mes années d’errance.

La clé ouvre un coffre à la banque dans lequel tu trouveras des actions au porteur qui  te permettront de réaliser tes rêves.


Maître Legrand est au courant. Il fallait bien prévoir un recours pour le cas où quelqu’un changerait le collier du chien. Je n’ai pas résisté à l’envie de te jouer ce tour-là ! J’aurais bien aimé être avec vous quand Maître  Legrand a lu la clause suspensive. Vous deviez tous en faire une tête !


Va de l’avant mon petit, voyage, vis tes rêves et sauve le monde si tu peux.

Ton Grand-père qui t’aime

Papy André. »


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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 16:41

Dimanche 6 juin 2010

 

Promenade au musée Delacroix, 6 rue Fustemberg

 

La rue est difficile à trouver, et l'entrée du  musée se cache à l'angle d'une petite place.

musee-delacroix-paris-001.JPG

 

Le musée est dans l'appartement où le peintre a vécu et où il est mort.

 

On y trouve quelques toiles, des portraits des gens de son entourage, ainsi que des objets rapportés de son voyage au Maroc, ses boîtes à peintures.

 

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On en fait vite le tour, peu d'évocation de la vie de l'homme dans cette maison, mais un jardin tout à fait charmant.

 

musee-delacroix-paris-014.JPG 

 

 

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L'atelier que le peintre a fait construire

derrière sa maison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 13:00

Message pour les habitués de Maux d''auteurs qui ne peuvent plus accéder au site:

 

 

Samedi 5 juin, le Forum Maux d'auteurs change d'hébergement, le précédent hébergeur posant des problèmes techniques.

 

Nouvelle adresse disponible dès samedi matin, enfin on l'espère!Danielle a sauvé ce qu'elle a pu sauver de l'ancien forum.....

 

                    http://mda.xooit.com

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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 20:46

Lundi 31 mai 2010                    

 

Sur le blog de Sylvette, j'ai proposé un haïbun pour sa série des "Premières fois". J'en laisse une trace ici aussi.


                                  Le premier soir

 

        Quand je me suis réveillée, d’abord je n’ai rien vu. J’émergeais difficilement d’un sommeil lourd. Puis quelqu’un est entré et a poussé ton lit vers moi.

J’ai été très surprise, je ne m’attendais pas à ces yeux foncés qui me regardaient attentivement, ces cheveux noirs.

 

         Tu étais calme, juste attentive au monde, une petite personne déterminée. Une toute petite personne, perdue dans les vêtements de naissance que j’avais tricotés, bien différente du gros bébé joufflu annoncé.


Je ne pouvais pas me lever, quinze boutonnières sur le ventre.

Ils avaient dit : souffrance fœtale intense, césarienne.

Moment de panique dans la salle d’accouchement.
 Dépêchez-vous, dépêchez-vous, disait le médecin aux infirmières.

Il était plus que temps, a-t-il ajouté le lendemain.

 

         Tu étais très belle, pas chiffonnée du tout, mais j’étais soucieuse : souffrance fœtale, l’anesthésie, trois semaines trop tôt.


Le soir quand tout le monde est parti, tu as tété voracement. Petite, mais bien accrochée à la vie.

 

         J’étais toujours inquiète. Pas fichue de te faire naître au bon moment et dans le calme. 

Je débutais mal comme mère.

 

          J’ai embrassé le duvet de ton crâne, il était très doux, et soudain,  tranquille, repue, visiblement comblée, tu as souri.

 

                                                Ton premier sourire

                                   Le soleil de septembre par la fenêtre

                                              Je m’endors, apaisée

 

 

 

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