Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 09:10

Promenade dans le quartier de la Goutte d'Or,

Paris 18°, Sur les traces des Kabyles, deuxième partie

(lien avec la première partie)

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Place de L'Assommoir

 

  Après la guerre de 39/45, la France a besoin de main d’œuvre pour reconstruire le pays, et les entreprises vont recruter des travailleurs dans le Maghreb.

 

  Pour fixer la population en France et éviter les retours au pays qui obligent à former de nouveau les travailleurs qui arrivent, le patronat fait pression sur le gouvernement français pour qu’il légifère en faveur du regroupement familial.


Le parcours d’un migrant


     Le jeune garçon allait à l’école jusqu’à environ 14 ans, ensuite il devenait berger dans le village, puis venait travailler en France.


     Il lui fallait trois jours de voyage : un pour aller de son village au port, puis un jour de bateau, et enfin un jour de train jusqu’à Paris.


     Lorsqu’ils arrivaient, ils avaient un point de chute : le 28, rue de la Goutte d’Or (aujourd’hui démoli et remplacé par un immeuble moderne)


    Cette adresse était celle d’un garni, dans lequel ils étaient pris en charge par le reste de la communauté. Celui qui arrivait, venait avec des nouvelles du village, des cadeaux. Ceux qui étaient déjà en France avaient organisé son embauche préalable auprès d’un employeur. Cela permettait au nouvel arrivant grâce à une insertion sociale rapide, de rembourser les frais du voyage, puis ensuite d’envoyer de l’argent au pays.


Le 28, rue de la goutte d’Or était un garni, avec un café et un restaurant au rez de chaussée. Les logements étaient partagés et il y avait la possibilité de cuisiner. Le lien restait avec le village : lien social d’échange de nouvelles et lien économique, par l’envoi d’argent.


    Ce lien existe toujours aujourd’hui par le biais d’associations d’émigrés de longue date en France, ouvertes depuis peu aux femmes, qui aident les familles à organiser les funérailles au pays, ou qui investissent dans la création de routes, l’ouverture de bibliothèque, l’envoi de matériel informatique.


   La population qui fréquente les cafés du quartier de la Goutte d’Or, va se répartir par villages.

Vers 1980, une nouvelle tranche de rénovation urbaine, va détruire les garnis, ce qui pose problème pour les habitants traditionnels de ce mode d’habitat. Ne sachant pas toujours où se reloger, ils se précarisent.


Le changement est rude pour ceux qui arrivent d’Algérie, et découvrent un autre mode de vie : l’électricité, la foule, le métro, …

 

   A l’angle du boulevard Barbès et de la rue Sofia, la façade de ce qui est désormais une banque, mais qui était autrefois le grand magasin du quartier, le magasin Dufayel,   dont l’éclairage somptueux impressionnait ceux qui arrivaient de Kabylie.

  Le magasin avait lancé un prêt à la consommation : les acheteurs versaient une somme de départ, puis des employés de Dufayel venaient chaque mois chercher la mensualité à domicile.


    Dans le quartier également, le  cinéma Louxor spécialisé dans le cinéma oriental, qui a été racheté par la Ville de Paris; Il est en cours de rénovation, et devrait reprendre ses projections en 2013.


    De la station de métro Barbès à la station Clichy, on trouvait sur les boulevards la plus grande fête foraine de Paris.


    Dans la salle de l’Élysée Montmartre, on pouvait voir des matchs de catch et de boxe.

 


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    Rue des Islettes, on retrouve à l’emplacement de la blanchisserie  qui a servi de modèle à Zola, la place de l’Assommoir. Des immeubles modernes ont remplacé les lavoirs.


     Le quartier a été un quartier de prostitution, où on trouvait surtout des maisons d’abattage, taudis insalubres dans  lesquels les femmes devaient faire plusieurs dizaines de passes par jour.


    En 1926, se crée l’association de L’étoile Nord Africaine, proche du parti communiste, qui cherche a rassembler les populations venant d’Afrique du Nord pour créer un lien solidaire communautaire.

 

    Cette association sera dissoute, puis récrée sous le nom de Glorieuse Etoile Nord Africaine, et regroupera essentiellement des Kabyles. Elle sera dissoute de nouveau après 1936 et se reconstituera sous le nom de Parti du Peuple Algérien (PPA).


    Pendant la guerre d’indépendance, les réseaux de financement se structurent en France. L’impôt révolutionnaire est levé, la police fait des descentes dans les garnis du quartier, cherche des armes et de l’argent.


    La France recrute des supplétifs algériens (FPA forces de police auxiliaires) pour démanteler les réseaux du FLN. Ils participeront aux violences policières et aux tortures.

 

   Un couvre feu est imposé au quartier pour la population maghrébine. On torture dans deux immeubles de la Goutte d’Or. Dans l’un des deux, est installé maintenant un commissariat de police.


   Le 17 mars 1961, le FLN appelle à une manifestation pacifiste. Maurice Papon, condamné en 1998 de complicité de crimes contre l’humanité, est alors préfet de police.


   Des rumeurs circulent dans les rangs des policiers, rapportant que des policiers ont été tués par les manifestants. La répression sera violente. Dans le quartier de la Goutte d’Or, des policiers tirent sur ceux qui rentrent de la manifestation. Pour cette journée, l’évaluation des victimes n’est pas encore certaine : plusieurs dizaines, voire plus de deux cents : toutes les victimes n’ont pas été recensées.


 

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    Nous continuons par le square Léon rénové récemment.

Des « Chibanis », têtes blanches en arabe, se retrouvent là pour jouer aux dames sur les tables du square.

De nombreux travailleurs immigrés, restent en France lorsqu’ils vieillissent. Les liens avec le pays se sont distendus. Certains après avoir travaillé toute leur vie ne peuvent toucher leur retraite parce que les fiches de paye n’étaient pas valides, ou parce qu’ils ont perdu les papiers.

 

Ils vivent alors de l’allocation vieillesse qu’ils ne peuvent toucher qu’en résidant en France.


 Le café social 1, rue Dejean : le but du café social est de faire se rencontrer les personnes âgées issues de l’immigration. On y trouve des jeux traditionnels, des livres. Il est possible d’y prendre un repas. Ils peuvent également y trouver une assistante sociale qui les aide à remplir les papiers administratifs.

 

 

 


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L’Echomusée, galerie associative, mise en place pour valoriser les productions artistiques du quartier.

 

                                      Lien avec d'autres visites

 

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Par Anne Chabanelle - Publié dans : Dans la rue - Communauté : Flâneries à Paris
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