Café psycho, les relations mères filles, café de la mairie, place Saint Sulpice
conférence débat organisé par l'association Thérapies Conseil
http://www.psychotherapies.org/Cafe-Psycho.html
Argument:"La partie qui se joue entre une mère et sa fille est déterminante pour le devenir féminin de la fille. la manière dont la mère a négocié les moments cruciaux de sa propre vie, le savoir faire qu'elle a pu acquérir face à une certaine solitude, feront signe pour sa fille.(...)La féminité est incertaine et jamais définitivement acquise."
Voilà ce que j'en ai retenu. Le compte rendu passant au filtre de ma perception étant forcément partiel et partial.
Madame Saada lit un extrait d'une histoire dans laquelle une fille demande à sa mère pourquoi elle coupe des parties de la poitrine de boeuf, avant de la faire cuire.
La mère répond qu'elle le fait parce qu'elle a toujours vu sa mère le faire.
Elles interrogent ensuite la grand-mère qui répond également qu'elle a toujours vu sa mère procéder ainsi.
Elles poursuivent leur questionnement auprès de l'arrière grand-mère qui explique qu'elle n'a jamais eu de plat assez grand pour mettre une poitrine de boeuf entière dedans.
Cette histoire dit que la femme construit sa féminité dans un contexte familial particulier, et que sa façon d'être, relève des supports d'identification qu'elle a pu rencontrer au cours de sa vie, entre autre ceux des femmes de la famille, et des femmes de sa culture.
Cependant, cette identification n'est pas une simple reproduction à l'identique, chaque femme construit son propre chemin de féminité.
Pourquoi la relation mère fille est elle si difficile?
La relation d'objet
D'après Freud, la fille doit à la fois construire son attachement à la mère et ensuite se placer en position de rivalité face à sa mère.
C'est dans le lien à la mère que se construit le pulsionnel de l'enfant.
Dès que l'enfant naît , il doit construire une relation d'objet. il passe d'abord par le stade oral (dans sa première année) puis le stade anal (jusqu'à 4 ans).
Si la mère donne le sein avec amour, en l'accompagnant de sourire, de paroles, mais reste par ailleurs une femme désirante qui n'est pas seulement absorbée dans son rôle de mère, la relation d'objet va se construire de façon positive pour la mère et l'enfant.
Si la mère est toute à l'enfant, n'a plus de vie de femme, de vie amoureuse, elle se sentira persécutée si son enfant ne répond pas totalement à ses désirs, s'il ne veut pas manger par exemple ce qu'elle lui a préparé. Cela prépare alors chez l'enfant un terrain favorable aux désordres alimentaires: boulimie, anorexie,...
Pour que se construise une relation d'objet positive, il est nécessaire que la mère imagine les désirs de l'enfant dans un premier temps et y réponde.
Lorsque le bébé pleure, la mère imagine, suppose, une certaine demande de l'enfant: il a faim, il a trop chaud, il s'ennuie,...
Elle va verbaliser cette demande, et c'est de cette façon là que se construit le langage chez l'enfant.
Si la mère ne parle pas à son enfant, celui-ci a des difficultés à entrer dans la communication et le langage.
Cependant au fur et à mesure que l'enfant grandit, la mère doit lâcher peu à peu cette position de savoir. Elle doit être suffisamment bonne, mais ne pas répondre totalement aux désirs de l'enfant pour laisser un espace dans lequel l'enfant va pouvoir se construire comme sujet séparé de sa mère et non comme une simple extension du corps de sa mère.
L'enfant n'est pas passif dans la relation à la mère: la mère est "interprétée" par la fille, en relation avec l'imaginaire que la fille construit peu à peu.
L'identité féminine
Ce qui rend la relation mère-fille difficile, c'est la réactivation de la part inssaisissable de la perception de l'identité féminine chez la mère.
L'identité féminine est toujours en question chez une femme, puisque cette identité est différente lorsque la femme a 20 ans, 40 ans , 60 ans.
Une femme n'est jamais rassurée sur son identité féminine, et c'est le regard de l'homme désirant qui aide cette femme à se rassurer sur sa féminité.
La place du père
D'après Freud, la fille constate une similitude entre sa mère et elle: sa mère n'a pas de pénis, et elle non plus.
A ce moment là la fille se tourne vers le père par dépit et déception. Le manque de sa mère reflète son propre manque.
Pour qu'une fille puisse se séparer de sa mère, il faut que la mère l'autorise à jouer ce jeu de séduction avec le père.
Il faut également qu'une fille s'autorise à entrer en rivalité avec sa mère.
Pour que son regard soit constructif, le père doit avoir un regard désirant sur sa fille, mais pas trop.
Si le regard du père est insuffisamment ou trop désirant, cela peut être une des causes de désordres alimentaires ultérieurs.
Même si les parents sont défaillants, il peut toujours y avoir des substituts dans l'entourage de la famille, ou la fille peut trouver des supports d'identification paternelle ou maternelle dans des oeuvres: livres, films, ...
Les sources de conflits entre la mère et la fille
La fille pense que la mère, lorsqu'elle ne répond pas totalement à ses désirs ne peut pas (ou ne veut pas, si elle est dans une attitude persécutive) lui donner tout ce qu'elle désire. Cette frustration nécessaire, peut être à l'origine de conflits.
La mère peut être accusée par sa fille d'avoir le secret de la féminité et de ne pas vouloir le partager.
D'après Freud, pour qu'elle se détache de sa mère, la fille doit s'imaginer attendre un enfant du père.
Le père doit alors faire comprendre que son amoureuse, c'est sa femme, mais que sa fille aura , elle aussi, des amoureux, plus tard.
Le rôle du père est d'aider sa femme à être une femme, et pas seulement une mère.
Il y a des femmes qui refusent la différence des sexes, ce qui rend alors la construction de la féminité difficile.
Le regard (cf. le stade du miroir de Lacan)
Quand la mère regarde sa fille, il y a un brouillage d'images, cela renvoie la mère à son propre corps, et à l'absence de pénis. Elle peut avoir alors des difficultés à regarder le corps de sa fille comme différent du sien.
Or, la fille doit se séparer de sa mère, ne pas être dans l'imitation pour se construire sa propre féminité.
Chaque femme est une énigme pour une autre femme.
Question: Et si le père n'est pas là?
La fille peut construire sa féminité en s'identifiant à des substituts paternels rencontrés dans la famille ou en dehors.
Ce qui est important, ce n'est pas la présence physique du père, mais la façon dont la mère en parle.
Il y a des enfants qui se mettent à une place de "go between", de réparateur entre la mère et le père. Cette place ne les aide pas à construire leur propre vie de façon autonome.
Question : La phase d'opposition?
Cette phase d'opposition entre la fille et la mère est nécessaire. Il faut que la mère supporte l'opposition de sa fille sans se sentir détruite.
Les filles peuvent parfois trouver des substituts maternels contre qui s'opposer: enseignante,....
Question : les mères qui critiquent sans cesse leurs filles?
Cela peut être une reproduction de ce que la mère a subi elle même.
Dans tous les cas, c'est parce que la situation fait miroir pour la mère.
Question: Quand la mère n'a pas de vie amoureuse?
Si la mère parle de son désir passé pour le père, cela introduit la femme dans la mère, et à ce moment là, la parole fait tiers séparateur entre la mère et la fille.
D'autres personnes peuvent être support d'identification pour la fille. On fait évoluer toute notre vie les supports d'identification.
La fille doit sentir que sa mère reste une femme désirante, que ce soit d'un homme ou d'activités.
Ce qu'il faut éviter c'est que la mère place sa fille à une place de confidente, que ce soit de sa vie amoureuse ou de sa souffrance. La mère n'a pas à se poser en "copine", sinon elle a la tentation d'être "celle qui sait".
Il faut que la fille puisse prendre ses propres décisions et qu'elle puisse se tromper.
Question: quand deux filles sont jalouses?
On peut dire à chaque enfant qu'on ne les aime pas pareil, mais qu'on les aime, chacune différemment.
Question: si la fille voit sa mère se faire battre?
Chez la mère qui est battue, il y a une forme de masochisme. Tout dépend de l'interprétation que la fille va en faire.
Question: Qu'est ce que c'est la solitude dont vous parliez dans l'introduction?
Pour se construire, il faut accepter une certaine part de solitude, accepter de se séparer de l'autre. Si la mère accepte d'avoir une partie d'elle-même qui n'est pas satisfaite, la fille peut se construire sans être dans le ressentiment et sans demander à être totalement satisfaite.
Il est nécessaire que les parents acceptent l'altérité de leurs enfants. Si la mère ne met pas assez de distance, c'est dans ce lien fusionnel entre la mère et la fille qu'il y a le germe de la paranoïa.
Question: la mère qui essaie de séduire le gendre?
Ce serait le pire des incestes, qui attaque la féminité de la fille.
Question: Pourquoi une fille devient-elle lesbienne?
Il n'y a pas de réponse unique: trop d'amour de la mère, pas assez d'amour de la mère, refus du manque, trop d'amour avec le père,.....
Question: quand les mères frappent les filles?
Quand les mères frappent intensément, cela peut être une tentative de se séparer de leur enfant.
Il peut également y avoir des scénarii pervers, ou cela peut être une forme de haine de soi.
Question: quand la fille devient mère?
Le rôle de l'homme est fondamental pour tirer la mère du côté de la femme et qu'elle ne soit pas seulement une mère.
Si on est tout pour un de ses parents, on cherche dans la vie à être tout pour l'autre. Il y a une part d'abandon qu'il faut accepter de supporter.
Bibliographie:
Freud: article "la féminité" dans "Nouvelles Conférences"
Jean Claude Aguerre, ... (Ouvrage collectif) : "D'une femme à l'autre" Collection Clinique Lacanienne, édition Erès
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